C.R. réunion et AG du collectif Pass du 17 octobre 2014

 

Réunion et Assemblée générale du collectif PASS

17 octobre 2014

 

Ceci n’est pas un « vrai » compte rendu de la journée de rencontre du collectif PASS, le vendredi 17 octobre 2014 ! Plutôt le reflet de notes, prises « à l’ancienne » (au stylo), et griffonnées à la va-vite ! Trace d’impressions et ressentis, certainement incomplets, infidèles…
Seul intérêt (peut-être ?) : donner un aperçu de cette journée aux personnes qui n’ont pu être présentes (trop prises ? … ou « Paris trop loin » ? … ou freinées par l’absence persistante de reconnaissance du collectif PASS comme organisme de formation, qui faciliterait la prise en charge des frais de transport ?…).

Certains liront peut être ces lignes … sans avoir jamais eu la moindre intention de rejoindre le collectif PASS, insuffisamment « motivés » par les problématiques des PASS, et en tout cas celles du « collectif PASS » !

Échanges au cours de la journée

Longue journée donc, avec échanges de groupe le matin et l’après-midi, entrecoupée de l’exercice formel d’une « Assemblée Générale » à midi, en mâchant nos sandwichs ! Avec un formidable moment, en fin de journée, à partir de 17h30, pour les quelques courageux restés présents, (et rejoints par quelques autres), pour entendre un jeune homme enthousiaste et passionnant : Kevin André…

Nous étions une cinquantaine environ, avec une belle diversité des représentations, métiers et régions… Assistantes sociales, infirmières, médecins, coordinateurs de réseau de maintien à domicile, coordinateurs régionaux de PASS de région et d’Ile de France, personnes de Normandie, Loire Atlantique, Rhône Alpes, Paris et région Parisienne, responsable d’une ARS du centre de la France, et même une cardiologue « motivée » qui, après une formation via le DU de Médecins du Monde, coordonne désormais une PASS récente d’Ile de France ! Je n’oublie pas le directeur d’hôpital, Bruno Barral, qui a ouvert la journée, réveillant tout le monde par sa vision optimiste, tonique, et « stratégique » de l’implantation progressive d’une PASS au cœur d’un hôpital : Les recettes proposées sont classiques et précises à la fois… : Dépenser de l’énergie pour trouver, à de nombreux niveaux, direction, corps médical, infirmiers, service social, pharmacie, le bureau des entrées, les personnes ressources et personnes relais qui valoriseront les mises en œuvre de la PASS, l’importance des taches menées, en terme de « sens », et de modalités concrètes pour limiter les conséquences des inégalités d’accès à la santé… Se faire connaître…. Rédiger et « valoriser » les rapports d’activité… Utiliser les « comités de pilotage », internes et externes, pour mobiliser les partenaires ou relais de réseau extra hospitaliers, institutionnels ou associatifs, et rendre accessible l’essentiel, et une fois encore, l’esprit, le sens, des rapports d’activité, au-delà de l’exercice formel ou codifié nécessaire….

Enthousiaste, Bruno Barral explique : « Il s’agit, petit à petit, de faire avancer une véritable révolution culturelle au sein de l’hôpital public » …
Stratège et malin, il ajoute : « Si vous dites à un responsable financier, toujours un peu tétanisé par la T2A et ses contraintes, que des journées d’hospitalisation sont évitées ou écourtées grâce à l’efficacité de la prise en charge concertée de la PASS, vous serez tout de suite écoutés plus favorablement » !
Un propos complémentaire est tenu par Jacques Rieucau, qui a maintenant un recul de deux ou trois ans, sur un recueil de données et d’activité partagé…
En soi, le rendu a un côté fédérateur, en donnant une photographie un peu plus large et plus précise à la fois de ce que fait chacun, en aidant à repérer les différents « métiers » soignants impliqués, donnant envie parfois à des infirmières de s’impliquer davantage.
Mais pour que l’impact soit meilleur, Jacques essaie de récupérer davantage « en temps réel », ou avec court décalage, les données, « car un rapport des activités menées deux ans avant, cela frappe et intéresse moins »….
La responsable d’ARS, comme les coordinateurs PASS présents, Elisabeth Piegay, Barbara Bertini, ont souligné également l’importance des référentiels, qui cadrent besoins, demandes, limitent les réponses dilatoires, clarifient un peu l’adéquation entre des crédits alloués et l’utilisation faite, (même si cela reste compliqué à obtenir)…

L’état n’est parfois pas avare « d’injonctions paradoxales », la gestion T2A étant obligatoire « ET » aussi l’accueil, des missions de prévention à côté du soin, un souci de réseau et de lien extra hospitalier…
Là encore, les « comités de pilotage » peuvent être des outils utiles pour la transparence, et, à partir de là, pour faire avancer, ou évoluer les choses au sein de la structure…..
Malgré un temps toujours trop court, pour des sujets divers et des acteurs aux pratiques variées, qui souvent ne se connaissaient pas avant cette rencontre, il y a eu des échanges très riches, sur les pratiques positives, les blocages, les frustrations…

On a pu voir à l’œuvre le « collectif PASS » dans une de ses finalités, qui n’est pas seulement de « lobby » ou « force collective de plaidoyer », mais aussi un lieu de l’échange collectif, et de réflexion sur les pratiques, de connaissance mutuelle, et, progressivement, d’une « culture commune »….
La présence d’une coordinatrice d’un réseau de soins à domicile était stimulante, car décalée des pratiques hospitalières dominantes, et ayant un regard parfois décapant sur ces mêmes pratiques. Par exemple elle pointait le manque de transparence, parfois, qui mettait en échec la nécessité de l’ouverture, de liens multiples des PASS, même à pratique dominante intra hospitalière…. « Même s’ils passent par l’hôpital, la vie des patients est pour l’essentiel à l’extérieur, et la coupure des informations et des liens est évidemment pénalisante »…

Des échanges intéressants ont eu lieu concernant les PASS comme lieu de formation, par exemple pour les jeunes médecins, internes en médecine générale notamment….
Pour les PASS hospitalières, il faut convaincre les responsables de la filière généraliste, faire connaître les réactions, souvent très positives, de certains internes passés dans des services PASS, à Nantes, à l’Hôtel Dieu de Paris, et parfois « enthousiastes » de ce qu’ils ont appris, pu mettre en œuvre comme « consultants supervisés »…. Il faudrait valoriser davantage des thèses analysant les PASS…
Pistes de travail et de développement, là encore…. L’oreille attentive d’une personne de l’ARS/IDF peut être là aussi utile…

L’assemblée générale a été menée classiquement, n’aboutissant pas à de grandes modifications, notamment au niveau du bureau…
J’ai entrainé un petit trouble, en soulignant que le collectif PASS changeait et se développait, depuis 4 ans, et avait dépassé la période initiale un peu délicate de l’équilibre entre Paris et les régions, Paris et la province… Certaines PASS ou acteurs de PASS ne se reconnaissent pas ou ne se sentent pas à l’aise dans le collectif, ce qui est tout à fait logique et normal, concernant une association, à la fois ouverte, et assumant certains choix, comme cette « place de l’humain dans le soin », avec « le care » comme un des outils emblématiques de cet équilibre recherché entre les éléments techniques, d’accès aux droits et aux soins, et de la « relation de soin » (sur laquelle reviendra Kevin André en fin de journée)..
Le petit trouble a été soulevé par l’idée de programmer en 2015 une « assemblée générale extraordinaire », couplée à une AG annuelle, pour faire évoluer les statuts , et peut-être changer la dénomination pour accoler le mot « National » à celui de collectif PASS… Un petit groupe de réflexion, évidemment divers dans sa composition, devrait travailler dans les prochains mois, pour aboutir à des propositions « raisonnablement consensuelles »…

Deux pharmaciens, de Saint Louis et de la Pitié ont abordé le problème souvent complexe des médicaments en PASS…. Autour d’une pratique concernant des médicaments très couteux pour des pathologies graves, de type cancer ou lymphome, le pharmacien de la Pitié a souligné l’importance de concilier les problèmes de cout et de qualité vraie des soins : Les médicaments complexes dans leur tolérance et leur suivi peuvent être difficilement compatibles avec un logement absent ou très instables… Parfois des retours au pays souhaité peuvent être bloqués par des traitements dont l’importance et l’efficacité présumée n’a pas été suffisamment réfléchie…
Ces problèmes sont connus, mais ils intriquent des domaines divers, avec une forte composante éthique, et soulignent alors la nécessité du temps et des échanges pour limiter les visions trop catégoriques ou idéologiques, dans tous les sens en fait….

Temps du débat, « Temporalité » et « Pluridisciplinarité » ont été des leitmotives, là encore sans originalité ébouriffante, mais non sans pertinence, dans des pratiques souvent très loin de répondre à ce type d’exigences ! La présence indispensable du « tiers », du regard extérieur, pour éviter ou limiter les pratiques déviantes, ont été rappelées… Trouver, par exemple au cours des comités de pilotage, un équilibre entre des plaidoyers véhéments, parfois vifs, surtout pas « filet d’eau tiède », sans tomber dans les caricatures, la violence vis-à-vis d’interlocuteurs parfois pris, (comme soi-même), dans des réseaux de contraintes, des « injonctions paradoxales », et éviter le recours stérile ou stérilisant à des « totems », comme les « grands mots » de démocratie sanitaire, de droits imprescriptibles aux soins inconditionnels, etc…
Il ne s’agit évidemment pas de les dévaloriser ou de s’en passer, mais de les mettre en perspective avec la lourdeur des contraintes et de la réalité quotidienne….. Grandes ambitions !

Journée riche, on le voit !

Et la conférence de Kevin André n’a fait redescendre ni le niveau, ni l’enthousiasme ! Kevin André est un homme jeune au profil particulier, d’ancien instituteur, devenu ingénieur ESSEC, en passant par des études de philosophie … Son parcours et sa volonté personnelle, joint à une extrême simplicité dans le contact, l’ont amené à développer « le care », défini comme capacité à développer une relation d’empathie, et un engagement actif à côté de l’autre, le mot essentiel étant « relation », mais tenant compte d’une « réciprocité au sein d’une situation asymétrique »… On « propose » à l’autre, sans lui « imposer » sa vision et la décision… C’est, énoncé ainsi, un élément clef d’une relation non paternaliste et non indifférente, dans le cadre d’une activité de PASS.
Kevin André la met en œuvre dans une activité pédagogique, vis-à-vis d’étudiants ESSEC, et dans une activité de soins, au sein de l’association Française des myopathes…

Mais, explique-t-il, le care est une activité « discrète », non spectaculaire, le plus efficace étant souvent la « petite chose essentielle », comme – dans le monde du handicap ou des personnes âgées dépendantes — un thé pris en commun, ou la « soirée crêpe », autant de choses faciles à dévaloriser et mépriser, et qui peuvent pourtant être essentielles, pour faire avancer cette fameuse relation réciproque, quoique asymétrique !

Kevin André a parlé de Amartya Sen et de ses « capabilités », définies comme « la possibilité pour un individu de mener la vie qu’il veut mener », et non ce que d’autres définiraient comme « bien pour lui », ou pour sa santé …. Sans chercher à cacher l’ampleur de la tache !
Dans certaines enquêtes menées, dans le monde du management en tout cas, « les jeunes étudiants ne reconnaissent pas « l’empathie » comme une qualité essentielle »… Les qualités attachées à un bon « manager » – ou un « bon soignant » – peuvent être des qualités de sureté de soi, de « dureté dans les relations », et non de nouveau ces capacités d’empathie et de respect de la liberté de l’autre, couplée à une aide apportée….
Le prestige, et l’argent, vont plutôt à la spécialisation, au technique…
Le rôle des « pairs », volontaires et parfois bénévoles, jouant le rôle de tiers médiateurs, peut être précieux, mais pas non plus toujours ….
Kevin André n’a évidemment rien conclus, juste ouvert des pistes, en soulignant l’importance de ces items dans une grande variété de situations de vulnérabilités ou fragilités des individus, physiques, psychiques, sociales, et leur nombre croissant, comme la précarité et les inégalités de santé, qui pourraient faire évoluer les choses, y compris les « rapports de force », et les attributions budgétaires…

Ainsi s’est terminée cette journée riche et stimulante…

Denis Mechali – Médecin à la PASS du centre hospitalier de Saint Denis (93)

 

 

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